Arts visuels

20 janvier 2026

Martin Vinette

rédacteur

Temps de lecture : 5 minutes

Série Les Faubourgs font leur cinéma 1/2 : Pudding chômeur

On n’est pas né pour un petit pudding !

On oublie parfois que la culture des Faubourgs passe aussi par le cinéma. Pour cette série, le sociologue du cinéma Martin Vinette, se penche sur des films québécois ayant mis en valeur les Faubourgs. Dans ce premier de deux articles, il vous présente Pudding chômeur, un film de Gilles Carle, de 1996.

Dans un vieux garage, Alphonse, un jeune garçon aux dons de médium fonde une église avec sa tante Yoyo, une prostituée au cœur grand comme le monde. Moyennant des petites sommes, ils réconfortent leurs voisin.e.s avec des remèdes de charlatans, qui ne font de mal à personne. Jusqu’au jour où des mafieux les contraignent à sauver l’un des leurs, dans un rocambolesque racket de protection. Pris en tenailles entre ces criminels, un père désabusé de retrouver son fils, des policiers corrompus et des gens d’affaires véreux, Alphonse et Yoyo vous tout faire pour partager une fortune aussi subitement acquise que surprenante, avec leurs voisin.e.s de quartier.

Pudding chômeur est un des seuls films québécois où le quartier Centre-Sud est pleinement assumé comme lieu de tournage. Gilles Carle concluant même son générique en remerciant les gens du quartier Centre-Sud de Montréal. Visionné avec le regard d’aujourd’hui, Pudding chômeur nous fait découvrir des traces d’un passé pas tout à fait disparu. Si tout laisse croire que le bâtiment le plus iconique du film, le garage-église d’Alphonse et de Yoyo a été démoli, on peut aisément en retrouver la localisation, grâce à certains indices, comme le nom de l’immeuble voisin : Victoria Précision, au coin des rue De Rouen et Florian. Ainsi, après avoir été rasé, le principal lieu de tournage du film a été transformé en immeuble à condos, au cours des dernières années. 

Au premier regard, on pourrait croire que les personnages de Poudding chômeur sont de petites crapules, prises au piège de leurs propres arnaques. Mais, en y regardant bien, on se rend compte que le film nous relate la vie de gens ordinaires, qui luttent contre l’adversité du quotidien, avec les moyens que leur offre une imagination débordante. Dans un quartier désœuvré, où chacun est à la merci de plus puissant que soi, les personnages mettent à profit leur plus grande richesse, l’imagination, pour protéger les leurs. 

Dans ce film, tout est motif de moquerie, de la religion à la police, en passant par la prostitution. On peut voir un homme tenter de se jeter en bas du pont Jacques-Cartier, des scènes de sexe qui en laissent peu pour l’imagination et une pieta nouveau genre, baignant dans une mare de sang.  

Ce film grinçant et ironique, sur la misère et la résilience, se laisse visionner facilement, si l’on met de côtés ses délires rocambolesques. Il ne convient toutefois pas à un public familial. 

Poudding chômeur est disponible sur la plateforme Éléphant au coût de 3,99$, juste ICI.