Arts visuels
19 février 2026
Temps de lecture : 6 minutes
Série Les Faubourgs font leur cinéma 2/2 : Ababouiné
Un conte (vraiment pas) pour tous !
On oublie parfois que la culture des Faubourgs passe aussi par le cinéma. Pour cette série, le sociologue du cinéma Martin Vinette, se penche sur des films québécois ayant mis en valeur les Faubourgs. Dans ce deuxième et dernier article, il vous présente Ababouiné, un film d’André Forcier, sorti en 2024.
Crédits: La Presse
Ababouiné suit les aventures de Michel, un jeune handicapé vivant en plein coeur du faubourg à m’lasse, au printemps 1957. Fier partisan des Royaux, mais devant se déplacer avec des cannes, après avoir contracté la polio, Michel est la mascotte et le commentateur officiel de son équipe de baseball amateur. Entouré de sa grand-mère et de ses ami.e.s qui opèrent une petite imprimerie indépendante, ce garçon plein de bagou pourfend les injustices que le curé local, le vicaire Cotnoir, fait subir à ses proches. Au premier plan de ceux-ci, il y a monsieur Rochette, l’instituteur, dont la passion pour la langue parlée le mène à rédiger une encyclopédie du français populaire, judicieusement nommée Ababouiné.
crédit: CTMV
Récipiendaire de la mention bronze du meilleur long métrage québécois de Fantasia 2024, Ababouiné se veut une ode bien sentie au vocabulaire populaire d’une époque révolue. Dans les 94 minutes de cette comédie fantastique, le réalisateur André Forcier donne la parole à de nombreux personnages : d’un quasi-loup-garou à une cuisinière cannibale, en passant par une jeune dévote tout aussi nymphomane que la beauté locale.
Crédits: PHOTO NATHALIE MOLIAVKO VISOTZKY, FOURNIE PAR FILMOPTION
Malheureusement, le faubourg à m’lasse, dont l’appartenance des personnages est soulignée aussi régulièrement qu’y sonne les cloches, est complètement relégué au second plan. Comme d’autres quartiers iconiques de Montréal, le faubourg à m’lasse a su imposer sa marque sur les modes de vie de ses habitants. Ici toutefois, le faubourg à m’lasse tel qu’imaginé, est un quartier aux décors de pacotille.
En effet, pour les yeux des spectacteur.rice.s de notre quartier, c’est un défi quasiment impossible à relever que de trouver de réels repères géographiques du Centre-Sud. Par exemple, le pont Jacques-Cartier, aperçu deux fois dans le plan large d’un champ de baseball, a l’air d’avoir été ajouté numériquement. La raison en est fort simple : Ababouiné n’a pas été tourné dans les faubourgs, mais à St-Jean-sur-Richelieu !
Crédits: Le petit septième
À tout prendre, on pourrait se dire que le film souhaite prendre position sur les injustices que faisaient subir le clergé de l’époque à une populace démunie. C’est toutefois là qu’Ababouiné rate le plus sa cible. Au lieu de combattre les préjugés du canayen français né pour un petit pain, le réalisateur nous propose une lecture stéréotypée des habitants du faubourg à m’lasse comme des miséreux au bon cœur, des gens dénués de grandes aspirations. Pire, il finit par rendre tout à fait anecdotique des violences sexuelles commises sur des enfants, les reléguant au statut de victimes qui ne pourront s’en sortir qu’en passant par l’assassinat sauvage de leur agresseur.
Crédits: La Presse
Notre quartier, vibrant d’histoire et de culture, méritait mieux comme représentation qu’un film propulsé avec un mélange de mélasse et de gaz.
Cette lecture fantasmée de la vie d’un quartier populaire du Québec des années 1950 est un petit film à regarder pour le strict amour des mots ou pour égayer la grisaille d’un soir de semaine, à la fin janvier. Si vous souhaitez quand-même le voir, Ababouiné est disponible sur la plateforme Crave.
Crédits: Les films du Québec